Demoniak le sans pitié

Demoniak le sans pitié

Suite à des attaques et des enlèvements répétés, un groupe de paysans était venu chercher de l'aide dans notre tanière.

Lorsque des humains osaient s'aventurer sur nos terres, nous avions pour habitude de terroriser affin qu'ils ne reviennent jamais, en évitant de les tuer pour ne pas entacher notre réputation. Mais ceux-ci étaient différents. Aucune arme en main ni même au fourreau. Une attitude qui nous parut si familière que nous allâmes à leur rencontre. Nos deux groupes se rencontrèrent à la lisière de la forêt qui entourait notre antre.

Un des hommes s'avança. Au vu de son visage, il était clair qu'il avait vécu moins de trente hivers. Pourtant, un regard dur mêlant tristesse et rage attira notre attention. Il expliqua la situation en détail, et il nous parut évident qu'un vampire était derrière ces méfaits. Après une discussion agitée, nous décidâmes d'envoyer l'un des nôtres pour prêter main forte aux humains. N'ayant pas encore fait mes preuves dans la meute, j'allais lever la main et me porter volontaire pour cette mission.

Mais Demoniak, un loup dans la fleur de l'âge, réagit plus vite que moi et leva la main, me regardant et arborant un grand sourire.

Nous allions nous quitter quand Il revint vers moi. Il me proposa d'assister au spectacle <<pour pouvoir témoigner du combat quelle qu'en soit l'issue>>, c'était ses mots. Je compris alors qu'il ne savait pas plus que les autres s'il sortirait vivant de cette affaire, ce qui installa un doute chez moi.
Nous suivîmes donc les hommes qui nous expliquèrent en chemin que le monstre enlevait tous les jours des femmes et des enfants pendant que les hommes travaillaient aux champs et s'occupaient des bêtes.

Demoniak et moi nous arrêtâmes et nous regardâmes dans les yeux. Malgré les attaques en leur absence, ils avaient cru bon de laisser le village sans protection aucune pour venir nous chercher. Demoniak entama sa transformation pour aller plus vite. Je l'imitais donc, et nous rejoignîmes la ville en suivant le chemin, laissant derrière nous les hommes qui, même s'ils courraient, ne pouvaient suivre le rythme.

Très vite, nous arrivâmes à Verts-Champs, où nos craintes se confirmèrent. De la ville florissante de Verts-Champs, il ne restait rien. Des goules sillonnaient les rues, et sur la place du village, au sommet d'une montagne de cadavres une bête ailée finissait de vider un enfant de son sang. Pitoyable preuve de la pathétique couardise de sa race, ce monstre avait profité de l'absence des hommes pour attaquer leur village tuant ou transformant en esclave ceux qui étaient encore là.

Le vampire leva la tête en notre direction, et laissa tomber le cadavre du gamin. Celui-ce s'agita, et dans un cri de douleur se releva, et alla rejoindre les centaines de goules qui s'amassaient dans les rues donnant sur la grande place.

Nous étions déjà cernés. Chacune des rues qui rejoignaient la place débordait de cadavres ambulants, geignants et grognant.

Les goules en elles-mêmes ne sont pas un danger pour nous les Lykans. Notre sang est immunisé à leur contamination, et une goule seule n'est guère plus forte qu'un humain, sinon une endurance hors normes et une méconnaissance totale de toute peur. Mais lorsqu'elles attaquent en masse, elles encerclent et épuisent petit à petit leur ennemi, jusqu'à ce qu'elles puissent délivrer un coup mortel. Et n'étant pas dotées d'une intelligence qui leur est propre, c'est le vampire les ayant mordu qui les contrôle. Ce ne sont donc pas des ennemis à part entière, mais plutôt des obstacles vivants mis en place par la véritable cible.

Demoniak se tourna vers moi, et je pu deviner dans ses yeux jaunes un certain amusement. Nous abandonnâmes notre forme bestiale et reprîmes notre apparence humaine. Dans un tel endroit, il était préférable de ne pas se battre sous la forme d'un loup garou, car les rues étroites peuvent se révéler piégeuses pour des bêtes de notre taille.

Il décrocha le bouclier de son dos, qui tomba lourdement sur la terre battue, formant un nuage de poussière ocre.

Demoniak emportait toujours un arsenal d'armes diverses pour s'adapter au mieux à la situation. Ainsi il se sépara de sa lance et de sa hache, de même que ses poignards et armes de jet, ne gardant qu'une dague dans sa main droite, et une épée dans sa main gauche. Il chaussa son heaume et fixa le vampire. Celui-ci ramassa à ses pieds une gigantesque hallebarde bien plus grande que lui. Une arme certes lourde, mais bien maniée, chaque coup délivré décrochait une pièce d'armure dans le meilleur des cas, sinon tranchant chairs et os avec la même facilité. Nous pensions qu'il se préparait pour un duel, mais il n'en fut rien. Le vampire ordonna à ses goules une attaque groupée pour affaiblir le Lykan s'ils ne pouvaient pas le tuer. Les rues devinrent spectatrices d'un carnaval macabre...

Demoniak m'indiqua une position en hauteur, baissa sa visière, et plongea tête baissée au milieu des la foule telle une furie depuis trop longtemps recluse. Tranchant corps et membres pourris, il se frayait un chemin sanglant vers le centre de la place. Et alors que tombaient les goules, le vampire déploya ses ailes. Combinant un battement d'ailes et saut puissant, il arriva à pleine vitesse sur Demoniak qui l'avait vu venir. Le vampire visait son cou avec son énorme arme. Le Lykan pencha simplement la tête pour éviter l'attaque, mais reçu un coup de genou sur le devant de son casque. Le choc enfonça la visière du guerrier, lui arrachant un cri de surprise. Fou de rage, il jeta son casque à terre après s'en être servi pour assommer un zombie. Puis il se jeta sur la créature ailée occupée à débarrasser sa hallebarde des trois goules empalées par erreur, pris dans son élan. Au dernier moment, le vampire leva son arme, que Demoniak para d'un coup de son épée. Il fit encore un pas en avant, et les deux adversaires se retrouvèrent face à face, à moins de trente centimètres l'un de l'autre.

Le vampire, sûr que la victoire lui appartenait, eût l'audace de sourire et baissa sa garde. Véritable insulte en duel que de baisser sa garde et ainsi sous-estimer son ennemi, Demoniak fou de rage lâcha son épée et attrapa de la main gauche la nuque du vampire le forçant à coller leurs fronts.

Le vampire senti tout d'abord bouger en grinçant. Pendant une longue seconde tout devint blanc autour de lui, comme un voile immaculé passant devant ses yeux. Lorsqu'il vit à nouveau, toutes les goules se tortillaient au sol. Il sentit un goût familier lui venir en bouche et cracha une gerbe de sang qui vint rougir un peu plus l'armure écarlate du Lykan devant lui. Il entendit un murmure dans son oreille mais ne pût comprendre un mot. Demoniak tenait fermement sa dague profondément enfoncée dans le bas ventre du vampire. Il la saisit à deux mains et fendit l'armure noire en deux en remontant vers le torse. La douleur arriva au vampire, aiguë comme un cri strident résonnant dans tout son corps. Il tomba à genou. Voyant ses entrailles sortir doucement de sa poitrine, il essaya des les retenir de ses mains par réflexe, en vain. Demoniak le contourna et posa la lame de sa dague sur la gorge du vampire. <<Pour tous ceux que tu as vidé de leur sang.>> lui dit-il. Dans un éclair, il lui trancha la trachée, faisant pleuvoir un sang impur sur la terre battue de la place, et le vampire tomba, prenant quelques minutes pour mourir. Demoniak profita de ces minutes pour récupérer ses armes.

Revenant vers la dépouille inerte, il saisit la hallebarde et coupa la tête puis l’empala au bout de celle ci.Il me fit signe de le rejoindre pour prendre la route de la tanière. En arpentant les ruelles jonchées de corps, nous croisâmes les hommes qui étaient venus nous chercher. Leur deuil allait pouvoir commencer, une fois les corps identifiés, bénis, et enterrés.

Après une heure de marche, nous arrivâmes devant la Grande Porte de la forteresse. Un accueil chaleureux nous fut offert, et Demoniak fut célébré dans la salle des banquets, où il conta son combat contre la créature.

Au moment où je retranscris cet affrontement, tous sont en train de fêter cette victoire. La tête est allée rejoindre celles déjà accrochées sur la Grande Porte de l'Antre. Quand elle sera nue de toute chair, elle pourra regagner la Salle du Trône comme le veut notre tradition. Ce ne sera qu'un crâne au milieu du millier de ceux qui sont morts de la main de notre clan. Son ancien propriétaire sera bien vite oublié, et son nom effacé de tous les documents où il figure. Le nom d'un mort n'a pas sa place dans l'Histoire, et un lâche comme il l'était, encore moins.

Honneur et fidélité à notre clan et notre race ! Tel est le devoir qui est le nôtre.

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