Paris à feu et à sang

CHAPITRE PREMIER

 

Il y a quelques minutes à peine, je dormais à poings fermés dans le lit de ma chambre d’hôtel. Je rêvais de paysages et de famille au troisième étage de l'établissement. Jamais je n'aurai imaginé me réveiller dans un tel enfer.

Un bruit me tira du sommeil. Mes yeux me piquaient et ma peau me brûlait. Chaque parcelle de mon corps n'était que douleur.

L'odeur âcre de la fumée emplissait mes poumons desséchés à chaque respiration, et m'arrachait une violente quinte de toux abominablement douloureuse. Sous moi, le lit frais et confortable avait été remplacé par un autre, chaud, dur et difforme. Je frottai mes yeux pour en enlever la poussière, mais ne fis qu'en rajouter davantage, mon corps étant entièrement couvert de poussière et de cendres chaudes.

Revenant pleinement à moi et réalisant la situation, je me levais d'un bond, manquant de trébucher sur l'armoire renversée au pied du lit. Des flammes comme des langues léchaient les murs autour de moi, noircissant le plafond.

Des cris stridents de terreurs vinrent heurter mes oreilles. Mon premier réflexe fut de regarder par la fenêtre dont les carreaux avaient été pulvérisés.

Paris...

Elle était si belle il y a quelques heures à peine, pourtant je ne voyais devant moi qu'une ville réduite en ruine. Les derniers bombardiers finissaient de survoler la ville, larguant des tonnes de bombes sur les civils en proie à la panique. Des colonnes de fumée s'élevaient de toutes les rues tandis que l'odeur du sang et de la chair brûlée envahissant l'air. Les sirènes retentissaient à travers la ville, ce qui restait des secours essayait d'aider les blessés.

Hier, la fête du 14 juillet était célébrée, avec les importants défilés mobilisant un gros nombre des défenseurs du pays. Pourtant le soir même, Paris était la cible d'une attaque de grande envergure.

Elle était réduite à un paysage de désolation.

Après de récents conflits avec plusieurs nations, le ciel était surveillé sans relâche depuis des mois.

Mais la première attaque fut terrestre. Souterraine, pour être exact. Les égouts de Paris, impossibles à sonder comme un labyrinthe, avaient été envahis. Des explosifs avaient été placés avec précision et calibrage sous plus de la moitié de nos batteries anti-aériennes. Et les unes après les autres, elles explosèrent, neutralisant nos défenses, blessant et tuant bon nombre de soldats, mais détruisant également un grand nombre de bâtiments qui vinrent boucher les rues. C'était une véritable route oubliée qui nous avait mené à ce chaos.

De la capitale luxueuse et florissante, il ne restait qu'un champs de ruines jonché de milliers de cadavres fumants et de morceaux de corps éparpillés.

Alors, j'entendis une vitre exploser un étage au dessus.

Voyant les flammes gagner son appartement, un homme cria ce qui serait ses derniers mots. Je ne vis qu'une ombre passer devant ma fenêtre, suivie du bruit d'un corps s'écrasant sur le pavé. Me penchant pour observer le malheureux, mon sang se glaça.

Des créatures vêtues de longues vestes grises sortaient des bouches d'égouts au milieu des passants trop paniqués pour les remarquer.

Armés jusqu'aux dents, ils firent feu tous en même temps, massacrant civils, ambulanciers et militaires qui parcouraient les rues. Tuant toujours plus, ils se séparèrent en équipe de quatre ou cinq soldats, et pénétrèrent dans les bâtiments les moins touchés. Lorsqu'un immeuble avait été fouillé et vidé de ses occupants, ils piégeaient le rez de chaussée, et réduisait tout à un tas de gravats. Ce détail attira mon attention. Ils cherchaient quelque chose.

Mon appartement étant situé en coin de rue, il fut l'un des derniers fouillés. Un groupe de quatre hommes entra par l'entrée principale, mais j'entendis également le grincement de la porte de service s'ouvrir.

Au moment d'aller me cacher, je remarquais un homme. Seul. Seul au milieu de cette agitation. Seul au milieu d'un tas de cadavres sanguinolents. Il portait une veste à peu près similaire à celles des soldats, à l'exception d'un col montant plus haut que la bouche, et sa couleur noire. Un képi noir lui aussi sur la tête et des lunettes de moto couvraient la quasi totalité de son visage. Seules ses pommettes étaient apparentes. Les mains gantées, l'une tenant un revolver doté d'un canon mesurant au moins 50 centimètres, et dans sa main gauche un poignard ensanglanté.

Il baissa ses lunettes, et je vis ses yeux. Ces yeux. Ces yeux... Ces yeux qui me fixaient. Des yeux rouges, luisants dans la pénombre. Un regard dément me transperçant, regardant au delà de mon corps.

Dans un éclair, il leva son revolver et tira trois coups qui résonnèrent dans les rues malgré le vacarme assourdissant. Les balles vinrent claquer sur le rebord de la fenêtre. Me jetant à plat ventre pour être à couvert d'autres tirs, j'allais aussitôt à la fenêtre d'à côté. Mais alors que je me remettais à sa recherche, l'homme en noir n'était plus là. Un bruit de bottes coquées s'éleva de la cage d'escaliers. Les soldats commençaient la fouille du premier étage ! Et l'homme en noir, lui, montait par la façade, escaladant les gouttières et les fenêtres à une vitesse fascinante. Il bondissait avec une agilité déconcertante.

Une femme cria, puis je la vis projetée par la fenêtre, atterrissant de l'autre côté de la rue. Elle était bien blessée, mais toujours vivante. Elle essaya de se relever, mais un second homme en noir sortit d'une ruelle sombre derrière elle, et s'approcha lentement. Il décrocha de sa ceinture une hache vieillie par les années de service, et contre toute attente, il lui assena un grand coup de poing sur le sommet de la tête. Le crâne de la pauvre femme s'ouvrit, puis fut détaché du corps à l'aide de la hache avant d'être jeté dans un camion stationné en pleine rue. Celui-ci en contenait déjà plus d'une centaine. Ce spectacle morbide m'avait fait oublier les bruits de bottes dans les escaliers et l'homme qui grimpait sous moi. Lorsque je m'en souvint, je baissais les yeux, mais il était déjà trop tard.

Il m'attrapa la main et me tira pour me faire tomber. Malgré ses gants, sa mais était froide comme celle d'un mort, et sa poigne n'avait rien de cadavérique. Une force spectaculaire me fit passer par dessus bord. Au même moment, je sentis une main agripper ma botte et une autre se refermer sur ma ceinture.

Jetant un œil en arrière pour voir mes sauveurs, je vis les soldats. Tous arboraient un sourire effrayant d'où dépassaient des dents mal organisées mais acérées.

Un choix se présenta à moi. Je devais choisir entre me laisser emporter et tomber du troisième étage, ou rentrer et affronter cette dizaine d'hommes, s'ils furent seulement des hommes. Aussi vite que le pus, j'attrapais le COLT accroché à ma ceinture, et tirais deux balles dans la poitrine de la bête dehors. Il faillit lâcher prise, mais se retint à ma main. Collant le canon de mon pistolet sur sa gorge, je tirais un dernier coup de feu. Il finit par lâcher prise pour de bon, et alla s'écraser une dizaine de mètres plus bas dans une gerbe de sang. Les hommes à l'intérieur tirèrent de plus belle et me firent tomber à la renverse.

Un peu sonné par la chute et sur le dos, j'observais ces choses debout autour de moi. Tous avaient un sourire dément, et me fixaient de leurs yeux jaunes. Des regards de folie et de bêtes sauvages me transperçaient de toutes parts. Rien ne le laissait présager mais je le sentais aussi clairement que pour l'homme que je venais d'abattre. Ces soldats regardaient à l'intérieur de moi. Chaque battement de mon cœur les faisait vibrer.

Voulant attraper mon pistolet je fis un pivot sur la gauche. Mais à peine avais-je pensé à ça, qu'ils se jetèrent sur moi et m'immobilisèrent. Je remarquais que ma main droite n'avais pas été entravée. Profitant de cette inattention, j'essayais d'en agripper un pour le faire tomber. Ma main se referma sur un grenade accrochée au ceinturon de l'un des soldats. La dégoupillant, j'eus juste le temps de la jeter à quelques mètres de cet enchevêtrement de corps. Elle explosa sourdement, criblant mes agresseurs de shrapnells brûlants. Deux soldats s'affaissèrent sans bruit ni cri, tandis que deux autres autres se mirent à hurler de douleur. Les autres, surpris, lâchèrent prise et je pus me relever.

Attrapant au vol l'une de leurs mitraillettes et un ceinturon bourré de grenades, je me mis à courir vers les escaliers. Lorsque j'y fus, je regardais en bas, et vis une main gantée monter rapidement, glissant sur la rambarde. J'en étais sûr, c'était la main de l'homme que j'étais certain d'avoir abattu deux minutes plus tôt. Je ne pouvais pas descendre. Je me résignais alors à monter quand j'entendis claquer des coups de feu derrière moi. A la vue de cette main, j'en avais oublié les soldats, mais eux ne m'avaient pas oublié.

Montant quatre à quatre les marches, dégoupillant et semant des grenades dans les escaliers, une, deux, puis trois créatures moururent dans les successions d'explosions. L'un des derniers vivants avait été coupé en deux au niveau du bassin. Mais bien que ralenti, il me suivait encore, faisant traîner ses tripes derrière lui en tapissant le sol de son sang.

Arrivé sur le pallier du douzième et dernier étage de l'hôtel, je décidais de les arrêter ici, las de fuir comme un lâche. Lorsque les premiers passèrent le virage, je fis cracher la MP40 et ce jusqu'à la dernière balle, tuant cinq monstres. A peine en retard de quelques secondes, le dernier se montra. N'ayant plus aucune munition d'aucune sorte sur moi, je décidais de l'attendre en haut des marches et de l'achever de la crosse de la mitraillette. Des images de mon entraînement militaire me revinrent à l'esprit. Je me devais de recueillir le maximum d'informations possible sur nos ennemis pour les transmettre et mieux les combattre.

Mon demi homme monta les marches plus vite que ce à quoi je m'attendais. Le frappant au sommet du crâne, je le fracturai sur le coup tout en brisant la crosse de la mitraillette. Sûr de l'avoir neutralisé voire tué, je m'approchai et commençai son observation.

Aucun humain n'aurait survécu à de telles blessures, et encore moins auraient été capables de se traîner sur neuf étages à cette vitesse. Une salive gélatineuse dégoulinait de sa bouche grande ouverte, elle même occupée par des crocs à la place de dents... Ses yeux eux aussi grands ouverts étaient jaunes et luisants. Il portait une cicatrice de forme assez complexe sur le bras gauche, comme si on l'avait attaché avec une chaîne de fer ardent. Cette cicatrice était noire et formait un dégradé jusqu'à la couleur grise du reste du corps. Ses veines étaient presque violettes, gonflées comme si elles allaient exploser. Une odeur mortuaire se dégageait de lui. Bien qu'encore vivant quelques secondes auparavant, le corps était froid, tout comme le sang qui coulait de son crâne.

Me rappelant de mes lectures datant de quelques jours, un frisson me parcouru. C'était la description des vampires dans les légendes. Mais le mot légende me semblait mal approprié si j'en avais en effet un devant moi. Alors que je fouillais ses poches pour trouver une identité, ma chaîne de baptême sortit de mon col. Une chaîne en argent. Moi qui n'avait jamais aimé les bijoux, je fus content de la voir. Je l'entourais autour de mon poing et la fis pendre au dessus du corps. Je ne l'avais pas même encore touché, que sa peau se mit à fumer et à s'assombrir à quelques centimètres du pendentif. Moi qui comptait sur ce test pour écarter l'éventualité de l'existence des vampires, c'était un élément de plus qui collait aux contes. Cependant, je me devais de pousser le test pour infirmer ou confirmer mes craintes. Dans les légendes, les vampires n'ont pas de reflet dans un miroir. Il me fallait donc en trouver un et observer le résultat. Bien que je m'attendais à ce que mon sujet ne se reflète pas dans la glace, j'espérais le contraire. Dans ce but, j'allais dans les appartements à toute vitesse en quête d'un miroir. Mais dans chacun, le même spectacle. Les explosions avaient tout réduit en miettes. Dans certains, des corps d'hommes, de femmes et d'enfants étaient allongés ou recroquevillés dans les coins de pièces, certainement tués par les fumées toxiques qui montaient. Je ramassais un bout de glace, enjambant un corps saigné à blanc par les éclats de vitres. Je faillis glisser sur la mare de sang dans laquelle le corps baignait, mais je pus me retenir au lavabo collé au mur. Une brosse à cheveux était là, jetée à la hâte. La pauvre femme s'apprêtait sûrement à sortir dans cette belle nuit quand elle fut criblée de verre au moment de l'explosion. Le miroir d'où venait l'éclat que j'avais en main était certainement celui au dessus du lavabo, car il en restait qu'une parcelle qui reflétait mon visage. D'ordinaire j'aurai voulu savoir à quoi je ressemblait, mais dans cette situation, ça n'avait plus d'importance.

Un bruit de pas lourds résonna dans le couloir où était resté mon sujet de tests. N'ayant lui même plus de jambes, il était évident que quelqu'un d'autre était là. Je passais le morceau de miroir par la porte entrouverte pour observer ce qu'il s'y passait. Mon demi-homme était encore là, mais était maintenant sur le dos, les bras tendus vers le plafond noirci par les flammes. Puis ses bras furent coupés comme par magie, et sa tête se détacha une fraction de seconde plus tard.

Incapable de trouver une logique à ce que je venais de voir, je passais la tête par la porte. Devant le cadavre, je reconnus l'homme en noir. Il me regardait fixement, essuyant la lame d'un sabre en parfait état sur la tunique du soldat. Alors que j'avais pu voir le soldat, je n'avais pas vu cet homme dans le miroir.

<< Je n'aime pas la façon dont vous traitez mes hommes... Pas du tout, pour être exact, dit il d'une voix sinistrement calme.

Vous auriez sûrement préféré que je me laisse faire comme ces civils que vous massacrez ?

Mes mots sortaient d'eux-mêmes, j'étais incapable de contenir ma rage envers cet être arrogant.

  • Cela vous aurait épargné bien des souffrances, répondit-il en poussant le corps du revers de sa botte.

Il se mit à marcher vers moi.

La peur me tenait. Après avoir vu et tué bien des horreurs, cet homme, à lui seul me paralysait de terreur par sa simple présence.

  • Il serait néanmoins dommage de gâcher un tel potentiel, continua t-il. Je vous offre la vie, ainsi qu'une place à mes côtés.

C'était là une offre que peu de gens auraient refusé dans une telle situation, face à une mort certaine.

  • Je n'y réfléchirais que si vous m'expliquez ce que c'est qu'ce bordel! Vous êtes qui?! D'où venez-vous? Quel pays servez-vous? Qui vous envoie?! Pourquoi une attaque sur Paris alors qu'il existe des villes bien plus stratégiques?! Vous êtes quoi, putain?! Et pourquoi je ne voyais pas dans le miroir alors que je le voyais lui??!!

  • Il y a peu de questions dont vous ignoriez encore la réponse il me semble, me dit-il en pointant de son sabre le morceau de miroir dans ma main.

Alors que je tremblais de rage et par la montée d'adrénaline, lui demeurait calme, serein...

  • Je veux vous entendre dire la vérité !

L'homme en noir eut un petit sourire. Il recula de quelques pas, et une fois dos au mur, il s'assit et se mit à rire.

  • Drôle de situation, pas vrai ? Je l'ai connu à Berlin il y a bien des années maintenant. Vos armées ont ravagé notre capitale, et massacré ou violé presque tous les civils. Je n'étais qu'un gosse à l'époque, ça laisse ses traces dans le cœur d'un enfant qui survit à tout ça, vous savez...

  • Alors vous êtes des nazis, incapables d'avouer votre défaite, et vous voulez votre revanche?!

  • Ne soyez pas insultant.

  • ALORS QUOI?! Explosais-je.

Il sortit un paquet de cigarettes et en alluma une.

  • Ce qu'il faut savoir, c'est que vous vous battez en fait contre neufs personnes. Neufs personnes devenues monstres par VOTRE faute. Votre barbarie a engendré notre haine. Votre présumée supériorité a fait de nous des esclaves. Des esclaves nourris par la violence. Des tests expérimentaux comme des rats de laboratoire. Des centaines de sujets pour aboutir à un formidable échec, avec à la clé neufs monstres incontrôlables. Oui mon cher ami, je suis allemand. Mais pas nazi pour autant. Mais mon pays d'origine n'a pas d'importance, puisque je n’apparais dans les fichiers d'aucun pays.

  • Je vous demande ce ….

  • Ce que nous sommes? Me coupa t-il.

Eh bien... Nous sommes ce qui s'apparente le plus aux vampires. Comme vous l'avez vu, il est difficile de nous tuer ; Le mot peur nous est connu, ou du moins nous le connaissions. Vous m'avez fait tomber de trois étages après m'avoir tiré dessus à bout portant. Mais je suis là devant vous, est-ce une preuve suffisante pour vous? Nous avons été génétiquement modifiés. Un système de régénération cellulaire quasi immédiat, des yeux qui ont muté pour mieux capter les lumières infrarouges, autrement dit voir dans la nuit la plus noire. Nous sommes invisibles dans les miroirs, pas comme ceux là, pointant du doigt le soldat.

  • Et eux, que sont-ils?

Ma tension redescendait, même si j'étais loin d'être à l'aise.

  • Ils ne sont que des copies ratées. Nous avons besoin de sous-fifres pour les basses besognes, car comme vous l'avez constaté, certains éléments nous dérangent. A ce propos, puis-je vous demander de ranger ce bijou ? Il me dérange au plus hait point...

Bizarrement, j'accédais à sa requête, et remis la chaîne autour de mon cou.

  • Je vous remercie.

  • Vous n'avez pas répondu...

  • A vos questions, c'est vrai. Nous ne servons aucun pays, et ne sommes au service de personne. Vous m'avez demandé pourquoi Paris... Sur un coup de tête peut-être? Non... Les gens se sont habitués à la mort de soldats, c'est leur rôle que de mourir sur les champs de batailles. Mais frapper une ville civile, qui plus est une capitale, c'est très déstabilisant même traumatisant. Alors il n'y a rien de plus stratégique que ça, vous en conviendrez.

Il marquait un point, je savais que le moral est la meilleure des armes.

  • Vous m'avez demandé ce que nous sommes? D'anciens humains assoiffés de violence. Rien de plus, rien de moins. Le reste, je vous l'ai déjà expliqué. A mon tour de poser les questions.

A ce moment là, un groupe de cinq soldats entra par le toit crevé une dizaine de mètres derrière moi. Ils se jetèrent sur moi, et l'homme en noir leva la main.

  • Non!

Mais les soldats continuèrent de courir. Le temps de me retourner, j'entendis claquer cinq coups de feu qui firent éclater les têtes de chacun des soldats.

  • J'avais dit non, ricana le vampire.

  • Tout à l'heure à la fenêtre vous m'avez volontairement manqué, dis-je en tremblant à cette idée.

  • Ç’aurait été une mort rapide, un peu trop à mon goût, pour un soldat comme vous. Donc ! Première question. Vous avez un nom ?

Je n'osais répondre, trop préoccupé par la parfaite maîtrise corporelle du vampire.

  • Montrez-vous un peu plus coopératif, je n'aime pas extraire les informations aux cadavres.

  • Wulfrick …

  • Tiens donc... Deux Wulfrick face à face au milieu d'une guerre à peine entamée. Vous avez une famille il me semble. Parlez moi d'elle, voulez-vous ?

  • Eh bien...

  • Si vous préférez ça, j'ai encore mon revolver en main.

  • J'ai une femme... dis-je embarrassé.

  • Mariés? Penchant la tête sur le côté avec un petit sourire en coin.

  • Pas encore non...

  • Des enfants?

  • J'ai deux fils et une fille qui doit naître dans deux semaines.

  • Et vous les aimez, comme c'est mignon. Jusqu'où iriez vous pour les protéger?

  • Je ferai tout ce que je peux, quelles qu'en soient les conséquences je suppose.

  • Et si votre famille se faisait assassiner ou torturer comme ce fut le cas pour ma famille, que feriez vous?

  • Comment j'pourrais le savoir ?!

  • Moi je sais. Vous devriez choisir entre deux opposés. Vous pourriez jouer le sans-cœur et finir vos jours seul et isolé, attendant que votre heure ne vienne. Mais vous êtes un guerrier dans l'âme. Non, vous, vous choisiriez l'autre alternative. Vous préféreriez pourchasser, traquer, et exterminer leurs bourreaux. Vous savez comment je le sais?

  • Je veux bien vous l'entendre dire. Qu'est-ce qui vous fait croire que je ne choisirai pas la première option?

  • Toi et moi on est pareils. Me dit-il dans un sombre sourire.

Ce soudain tutoiement me prit au dépourvu.

  • Ça fait longtemps que je te cherche tu sais... Du moins, que NOUS te cherchons.

  • Tiens donc... Et maintenant que vous m'avez trouvé ?

  • Eh bein c'est l'heure de choisir ton camp.

  • Laissez moi deviner, soit je deviens l'un de vos chiens, soit je passe par la fenêtre ?! Si c'est le cas, mon choix est fait !

  • Ah ah ah non ! Bien sûr que non. Ton choix n'est pas vraiment dans tes mains en fait... Voilà ma proposition : Meurs ici et maintenant dans l'anonymat le plus complet, ou marche à mes côtés et tu vivras assez longtemps pour voir tes petits-enfants devenir grand-parents. Tu pourrais tous les protéger.

  • A quel prix ? Qu'est ce qui me garanti que vous respecterez ce contrat, et que vous n'allez pas me tuer ?

  • Rappelle toi que si j'avais voulu te tuer, tu serais mort la première fois où tu as croisé mon regard à cette fenêtre.

  • Admettons que je je vous rejoigne, il se passe quoi ensuite ?

  • Pas grand chose en fait. Tu serais libre dans tes actes et ta façon de penser, mais tu devras accepter de combattre avec nous. Le jour tu seras un homme comme les autres. Un homme effroyablement normal. Mais la nuit... Je peux t'assurer que tu vas passer tes premières nuits comme pris dans le pire des cauchemars. Tu devras chasser pour te nourrir, et te battre pour nous. Et tu es compté dans le ''nous''. Si tu ne te nourris pas en 24 heures, ton corps va manquer en énergie et en force. Attends 36 heures et tu sentiras comme une boule de glace brûlante dans ton ventre. Après 48 heures, ton organisme va commencer à recycler tout ce dont il ne se sert pas. Cela provoquera une atrophie musculaire, décalcification des dents, perte de tes sens, en bref tu commences à mourir.

  • Une partie de plaisir, osais-je dans un sourire crispé. Qui pourrait vouloir d'une telle vie ?

  • Toute personne qui désire protéger les siens ou se venger d'un grief sauterait sur l'occasion. Une vie damnée pour en sauver une poignée, c'est un faible prix à payer.

Je m'apprêtais à répondre lorsqu'il se releva.

  • Viens.

  • Venir? Où ça?

  • Viens.

Il ne voulait pas m'en dire plus, et ne m'en dirait pas plus.

J'étais condamné à suivre un monstre, destiné à en devenir un moi-même, devenir un paria pour protéger les miens.

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